Pierres Communes, une initiative anti-spéculative pour habiter le centre-bourg de Florac
Crédit image : site de Pierres Communes
À Florac, commune de 2 100 habitant·es au cœur des Cévennes, un collectif a fondé la foncière solidaire Pierres Communes pour répondre au manque de logements de qualité disponibles. Sur leur site internet, le projet est illustré par un dessin d’un immeuble aux volets ouverts, pour symboliser la volonté de Pierres Communes : refaire vivre le centre-bourg à l’année. Ce choix graphique dit bien le point de départ du collectif. À Florac, les volets fermés racontent une difficulté croissante à se loger durablement. De nombreux logements du centre-bourg sont aujourd’hui inhabités, devenus des passoires énergétiques faute d’entretien. Les causes de cette vacance sont multiples : successions bloquées, résidences secondaires, ou transformation en gîtes loués quelques semaines par an. La majorité des biens disponibles est ainsi orientée vers la location touristique, plus rentable et plus flexible pour les propriétaires que la location à l’année. Pour autant, comme l’affirme une des membres du collectif : « On veut que Florac reste une terre dynamique, qui accueille des nouveaux habitants, on est 2 000 mais on pourrait être plus. On a envie d’un territoire qui vive , où les gens ont envie de s’installer durablement et qui ne soit pas qu’un lieu de passage. » Mais la rareté des logements réellement habitables à l’année, leur état ou leur prix élevé rend la recherche immobilière si laborieuse qu’elle dissuade souvent des personnes désirant s’installer à Florac. Ainsi, un lieu d’accueil de personnes en situation de handicap qui avait embauché un médecin, une infirmière et une psychologue n’a pas pu les maintenir après leurs périodes d’essai, faute d’avoir trouvé un logement adapté à leurs besoins.
Le collectif est né d’échanges entre personnes confrontées à la difficulté de s’installer sur le long terme, qui ont eu envie d’agir concrètement sur le foncier et le logement. Pierres Communes se constitue comme une réponse locale à la spéculation immobilière diffuse, caractéristique de nombreux territoires ruraux attractifs. Une spéculation immobilière de petits propriétaires particuliers, qui préfèrent conserver un logement vide, le réserver à l’usage secondaire ou touristique et attendre une plus-value plutôt que de le mettre en location à l’année, et qui produisent collectivement une raréfaction de l’habitat permanent. L’initiative s’inscrit dans une relation constructive avec la municipalité, qui soutient la démarche sans en être l’opératrice.
L’objectif est non seulement de produire du logement, mais également de transformer les conditions de sa propriété et de sa gestion. Pierres Communes travaille ainsi à la constitution d’une foncière solidaire, permettant à l’association de détenir ou de maîtriser l’usage de biens immobiliers, afin de garantir leur affectation à l’habitat permanent. La force de leurs réseaux locaux est double : ils sont à même de repérer des logements qui ne se transmettent que par le bouche-à-oreille, et peuvent tenter de convaincre des propriétaires de confier leurs logements à la foncière.
La première mise en œuvre de cette stratégie s’incarne dans un projet pilote : Léon, un duplex d’environ 68 m² situé dans le centre-bourg de Florac. Pierres Communes n’est pas propriétaire du bien, mais porte le projet de rénovation et de gestion.
Ce premier projet permet de tester plusieurs leviers anti-spéculatifs :
la maîtrise collective de l’usage du logement, qui ne pourra ni être revendu sur le marché classique, ni basculer vers la location touristique ;
un loyer qui permet à la fois de contribuer au remboursement de la mise à disposition du bien par la propriétaire et de financer les travaux engagés par l’association, sans que le logement ne devienne une source de rente ou de valorisation patrimoniale ;
une affectation longue durée du logement, destinée à des personnes souhaitant s’installer durablement à Florac.
Le chantier de rénovation, en partie réalisé collectivement, est également pensé comme un espace d’apprentissage : maîtrise des coûts, choix de matériaux durables, réemploi, mais aussi compréhension des contraintes réglementaires et financières.
Au-delà de Florac, Pierres Communes interroge un phénomène plus large : la transformation des centres ruraux en espaces partiellement inhabités, rythmés par les saisons touristiques. En proposant une structuration collective du foncier, l’initiative esquisse une alternative à la logique dominante du logement comme placement patrimonial. Elle affirme que le logement est d’abord une condition d’ancrage territorial, nécessaire au maintien des services publics ou des solidarités locales.
Pierres Communes est encore un projet en construction, dépendant de l’engagement de ses membres et de sa capacité à essaimer. Mais en s’attaquant directement à la question de la propriété et de l’usage du logement, l’initiative fait du centre-bourg de Florac un terrain d’expérimentation politique à part entière : celui d’un habitat pensé comme un commun, et non comme un actif.